
Les prestations de Michael Youn ayant rarement été des morceaux d’anthologie (contrairement à ses chansons parodiques souvent réussies), je n’avais pas vraiment envisagé d’aller voir son nouveau film. Mais, après une erreur de programmation lors de la Fête du Cinéma et devant l’insistance de ma petite sœur, j’ai finalement cédé… et la surprise a été totale ! Car « Fatal » est non seulement une réussite incontestable (et reconnue par la critique ce qui semblait impossible pour Youn) mais restera surement comme la comédie de l’année 2010. Comment un tel miracle a-t-il pu être rendu possible ? Tout d’abord, Michael Youn a pris les choses en main en se chargeant de l’écriture et de la réalisation avec un sérieux impressionnant. Outre une maitrise étonnante au niveau de la mise en scène (qui rappelle celle de ses clips), le film ne connait aucun temps mort et nous balance presque un gag par minute (chacune des apparitions de Chris Prolls, la pub pour Canapi, le duel final…), ce qui n’est plus arrivé dans une comédie française depuis très longtemps. Quant au scénario, il égratigne la scène musicale made in NRJ d’une façon aussi pertinente que jouissive (les rappeurs bling-bling qui se la joue racaille, les chanteurs électro qui ne sont rien à voix nue, les Enfoirés qui deviennent les Enculés…) tout en soignant ses dialogues qui frôlent parfois l’inconscience (« c’est une femme fontaine à champagne », « tape au fond, je suis pas ta mère »…). Autre gros point positif : la BO est tout simplement exceptionnelle et nous réserve quelques morceaux mémorables tels que « Tuvaferkwa », « C’est la fête dans mon slim », « Fuck you » (le récapitulatif final est génial). Enfin, quel plaisir de voir enfin des personnages originaux et excellemment bien joué par leur interprète, preuve que Michael Youn sait faire briller les autres. On retiendra ainsi les prestations de l’épatante Isabelle Funaro en bimbo clone de Paris Hilton, d’Armelle en montagnarde obsédée, de Reem Kherici en animatrice pour djeuns, de Fabrice Eboué en impresario, Jérôme Le Banner en garde du corps aux sentiments troubles (et pourtant, l’ex kick-boxer a toujours brillé par son ridicule au cinéma) et surtout de l’énorme Stéphane Rousseau qui fait de son chanteur électro-bio Chris Prolls le meilleur rôle du film (ses interviews sont de très grands moments). Son personnage est d’autant plus intéressant qu’il n’est pas le grand méchant de l’histoire et avoue par moment son affection pour Fatal. Le rôle de Vincent Dessagnat aurait par contre être davantage développé. On pourra toujours reprocher quelques gags un peu lourdauds mais l’exploit est tel qu’on ne peut que s’incliner devant ce film qui fera date dans la carrière de Michael Youn dont la prochaine réalisation sera désormais attendue de pied ferme.

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